La gauche française : la mort de la notion de Parti ?

23 Juin

On peut se perdre dans des explications sans fin, des rationalisations a posteriori du vote des citoyens aux Européennes. On peut aussi tenter de mettre ce vote entre parenthèses, invoquant tantôt une abstention qui en limite les effets, tantôt des enjeux différents des enjeux nationaux. Une chose est sure : on a vu une dynamique se créer en dehors du PS autour d’un « peuple de gauche » (même si je n’aime pas tellement l’expression).

Ce que nous montrent ces élections, c’est qu’on assiste à une émancipation des citoyens, et c’est tant mieux. Une émancipation, car on ne se sent plus attachés à un Parti en particulier ; mais nous, sensibilités de la gauche, avançons là où les idées de gauche semblent progresser. Là où ces idées semblent le mieux défendues.

Lors des présidentielles, une partie de nous s’est dirigée vers la candidature de François Bayrou : parce que le PS avançait en ordre dispersé, parce que la candidature de Ségolène Royal n’apparaissait plus crédible à force de combats internes, parce que François Bayrou incarnait l’alternative crédible. Parce qu’aussi, on ne peut le nier, le Plan Média de François Bayrou était particulièrement bien huilé, aidé certainement par un attrait médiatique certain.

Ces mêmes, rejoints par d’autres, ont voté Europe Ecologie lors des élections européennes, par conviction (on aimerait croire à un vote d’humeur, je crois bien au contraire que c’est un vote éclairé) : parce que le PS n’a pas su être crédible, parce qu’il est apparu replié sur lui-même, loin des préoccupations de chacun. Parce qu’aussi, le Plan Média de Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly était particulièrement bien huilé.

Ce qu’elles ont en commun, ces deux élections, c’est que les « vainqueurs – outsiders » sont en fait des personnalités qui se sont extraites de la logique de Parti pour créer une structure ad-hoc à usage unique, dans la vision d’une seule élection. Europe Ecologie a été créé pour les européennes ; Bayrou était dans une démarche purement présidentielle, et on voit aujourd’hui toute sa difficulté à s’en extraire pour rentrer dans une logique de Parti.

Demain, aux Régionales, aux Présidentielles, aux Législatives, nous pourrons connaitre les mêmes lendemains qui déchantent : faute d’incarner LA dynamique à gauche, nous serons dépassés par des écuries créées ou recomposées pour l’occasion. Les électeurs, et s’est tant mieux, ne nous donnerons plus leur blanc-seing. Et si par malheur aucune dynamique suffisamment forte ne se créé à gauche, c’est systématiquement l’UMP qui vaincra, et c’est je pense ce qui a toutes les chances de se passer en Ile de France.

La dynamique ne se décrète pas, elle se travaille.

Il ne tient qu’à nous de nous positionner comme le pivot d’une force de gauche pour les prochaines échéances, à condition de mettre au placard nos postures hégémoniques. Proposons, dans chacune des régions, à l’aide de débats ouverts à tous, de composer des listes communes Verts – PC – Parti de Gauche – MoDem – PS dès le premier tour. En cas d’échec des négociations avec un ou plusieurs partenaires, nous serions tout de même ceux qui auraient proposé le rassemblement, premier pas de la dynamique.

Il ne tient qu’à nous d’être attractifs sur le plan médiatique, au lieu de nous lamenter éternellement sur une hypothétique collusion des médias et de la droite, lamentation qui ne nous sert à rien d’autre qu’à évacuer notre responsabilité dans ce désamour des médias. N’ayons pas peur des mots « marketing », « communication », soyons modernes dans notre rapport à tous les médias : reprenons l’ascendant sur le média Internet, créons un nouveau journal, papier et électronique, à destination de tous les gens de gauche en remplacement d’un Hebdo des Socialistes aux relents moribonds.

Il ne tient qu’à nous, enfin, d’associer chacun à notre projet commun. A travers un vrai travail sur les valeurs (qu’est-ce que ça veut dire, « être de gauche », en trois valeurs clés), et en permettant à chacun de faire siennes ces valeurs, de se les approprier, pour pouvoir les défendre et les promouvoir.

Demain, ça ne sera pas le PS, les Verts ou le MoDem qui gagneront les élections, ce sera une dynamique, autour d’une ou plusieurs personnalités, affranchie des luttes internes de chaque Parti. Les partis de gauche sont morts, vive la Gauche !

Non à la médiocrité européenne !

10 Mar

Il est loin, le temps où Jacques Delors, alors président de la Commission Européenne, incarnait la vision et l’ambition européennes du Parti Socialiste français. Aujourd’hui, ce parti, dirigé par sa fille, mais elle est loin d’être la seule responsable de cet abandon, a fait le choix de la médiocrité, comme l’indique Jean Quatremer dans son article du 04/03/2009 (PS et Européennes : la conjuration des médiocres).

 

Ce format de consultation des militants me pose toujours problème.

Le PS se gausse toujours d’être le parti le plus démocratique de la scène politique française. C’est surement vrai, mais cette carence démocratique des autres partis ne doit pas occulter le fait que bien souvent, la consultation des militants est organisée de telle manière qu’elle est contraire à tout principe démocratique. En effet, j’ai toujours été dérangé par les espèces de référendum pour lesquels nous étions consultés : pour ou contre la réforme des statuts ? pour ou contre le programme aux présidentielles ? pour ou contre cette liste aux européennes ? Cette formulation laisse perplexe : et qu’advient-il si on vote « contre » ? Bien souvent, le cas n’est même pas prévu, ou alors de manière peu détaillée. Pire, ceux qui sont tentés par le nonisme sont stigmatisés, accusés de mettre en péril notre belle unité, de fragiliser notre position dans la prochaine élection. En témoignent les « mises au point » régulièrement adressées par certains de nos responsables nationaux, visant à intimider ceux qui seraient tenté d’exprimer leur désaccord.

Mais alors, à quoi bon nous soumettre ces questions, si au final il est évident que seul le « oui » est une véritable réponse ?

Pour ces raisons, parce que je ne comprends pas du tout l’intérêt d’une consultation si elle n’est que de façade, j’ai toujours voté « abstention » (ce qui est comptabilisé, au PS) lors de ce type de consultation (lors du programme présidentiel, lors de la réforme des statuts et la déclaration de principe).

 

La dé-corrélation projet/personne renforce la personnalisation du débat.

J’étais de ceux qui, lors des primaires aux élections présidentielles, ont critiqué la séparation entre le projet d’une part – consensus mou entre les différentes sensibilités du parti – et les candidats – qui sont censés être l’incarnation de ce projet. S’il est évident que l’on doit s’attacher à garantir l’unité du parti, ce travail de rassemblement ne doit s’effectuer selon moi qu’une fois des primaires effectuées en bonne et due forme. La vitalité d’un parti dépend de la capacité à confronter ses idées. N’ayons pas peur de nos désaccords : c’est eux qui nous font avancer. A la condition, bien entendu, qu’une fois que le militant a tranché, sur le fond et non sur des simples questions de personnes, la majorité soit respectée.

Pour moi, il n’y a donc que deux façons de désigner un(e) candidat(e) ou une liste : soit une nomination à la discrétion de la direction, sans consultation des militants, soit l’organisation d’une vraie primaire, avec différents projets portés par différents candidats. Pour les présidentielles, ce choix aurait apporté beaucoup plus de clarté, il aurait évité que notre candidate ait à défendre des choix de programme effectués en amont pour lesquels elle n’était pas forcément d’accord, enfin il aurait – qui sait – facilité un rassemblement plus franc pendant la campagne.

J’ai toujours l’impression que nous avons une peur farouche du débat. J’entends souvent des camarades activer les sirènes de la division pour dénoncer des prises de position non-conformes. Pourtant, si on regarde un peu ce qui se fait ailleurs, les primaires entre Obama et Clinton aux Etats-Unis, mais également celles qui opposent Pécresse et Karouchi pour l’Ile-de-France, on a bien toujours un vote conjoint sur les personnes et le programme. Le PS semble s’isoler dans une idéologie selon laquelle le programme doit être le fruit d’un consensus collectif, et son incarnation le fruit du vote militant. Comme dans un exercice de style où l’on décorrèlerait le fond de la forme. Totalement irréaliste.

Car au final, cette erreur dans le fonctionnement du PS conduit à une hyper personnalisation du débat. En n’invitant à voter que sur les personnes, la direction a déplacé la campagne interne aux européennes sur des polémiques de courants et sous-courants. On ne peut pas à la fois critiquer Ségolène Royal car elle personnalise un projet politique et dans un même temps faire voter des militants sur les seules listes, non sur des programmes. Car au final, pour quoi votera-t-on jeudi soir ? Pour des personnes, uniquement. Au nom de quoi ? En fait, il semble qu’on nous appelle à voter sur la question « estimez vous que votre courant a une bonne place dans cette liste, et du coup vous semble-t-elle acceptable eu égard à votre sensibilité ? ». Nous devons nous rendre à l’évidence, ce déplacement du débat est de la responsabilité de tous, tous ceux qui ont contribué à l’élaboration des listes, tous ceux qui en ont fait un savant équilibre de motions, tous ceux qui ont lutté pour avoir le plus de représentants possibles de son courant, au mépris parfois – souvent même – de l’intérêt commun.

On nous demande donc de juger des personnes, et non des projets. Je ne m’estime personnellement pas apte à juger des personnes que je ne connais pas pour la plupart, je voudrais juste pouvoir m’assurer que ces personnes ont une réelle envie d’Europe, qu’ils porteront hautes les couleurs du socialisme français au sein du Parlement, en y siégeant un peu plus que leurs prédécesseurs.

 

Ces listes et le programme manquent d’une réelle ambition européenne.

Les deux premières raisons que j’ai évoquées, le format de la consultation et la personnalisation de la consultation, auraient pu me conduire à m’abstenir. C’était ma volonté première. Mais cette fois, ce n’est pas un refus de choix, ou refus de ratifier un choix qu’on a déjà fait pour nous, que je veux signifier, mais bel et bien un vrai désaccord sur le fond, la politique européenne du PS, et sur la forme, une consultation qui n’a pas de sens.

Car il nous manque aujourd’hui un vrai programme, des mesures phares, de l’ambition pour l’Europe. Le texte d’orientation, Donner une nouvelle direction à l’Europe, échoue à me rassurer. Sa colonne vertébrale, le Manifesto, est sans conteste une excellente nouvelle : pour la première fois, le PSE – Parti Socialiste Européen – et tous les partis qui le composent se sont mis d’accord sur un projet commun. Mais il n’est qu’un socle, et ne saurait représenter tout notre programme ! Et ce dont j’ai envie, moi, c’est que sur cette base là nous construisions des propositions fortes, lisibles pour les citoyens portés par des véritables passionnés d’Europe. Nous en avons au Parti Socialiste, c’est certain. Peu se retrouvent sur les listes actuelles.

Comme beaucoup de jeunes, j’ai pris réellement conscience de l’Europe en effectuant un échange Erasmus, en Pologne. Ce programme est l’exemple de ce qui peut marcher en Europe, et de ce qui a du sens pour le citoyen. Dire « l’Europe c’est Erasmus » à une personne ayant bénéficié de ce programme, c’est s’assurer de son adhésion au projet européen. De même, j’attends d’un programme Européen qu’il soit porteur de grands projets, clairs, identifiés, ce qui est manifestement absent de l’actuel embryon de programme socialiste.

 

Ce n’est donc pas contre une liste de personnes que je voterai jeudi, mais contre le choix délibéré du PS de ne pas occuper la scène européenne, contre l’absence d’audace, contre une dépolitisation et une people-isation de la consultation.

La cotisation à 20€ pour les adhérents du PS 4 !

3 Mar

Nouveau barème de cotisation pour l’année 2009 à la section du 4e : le montant minimum de l’adhésion est cette année fixé à 20€, et la référence aux revenus des militants est abandonnée !

Cet abaissement significatif est pour nous fondamental, parce que nous défendons l’idée d’un parti ouvert à tous, qui passe par la suppression des freins financiers au militantisme.

Nous avons porté cette proposition dès les présidentielles : l’élan créé lors de la campagne, accompagné par la vague d’adhésions à 20€, a montré qu’il était possible d’accroître significativement le nombre de militants, et donc de développer de nouvelles formes de militantisme. Notre motion, « l’espoir à gauche, fier(e)s d’être socialistes » portait également cette proposition, objet de forts clivages lors du Congrès. Nous trouvons très positif que cette proposition, comme celle de la démocratie participative, commence à faire son chemin dans le parti, mais nous avons conscience que beaucoup reste encore à faire, et c’est pourquoi nous continuons de défendre une profonde modernisation de notre Parti.

Les représentants de la motion E dans le 4e,
Dominique Bertinotti, Bergthor Bjarnason, Geneviève Bourgoin, Patrick Bouton, Marianne de Chambrun, Patrizia di Fiore, Julien Landel, Gael Lapeyronnie, Jean-Raymond Magueur, Laurent, Fabien Sécherre, Marie Soulatges, Laetitia de Warren

On fait quoi maintenant ?

24 Nov

On l’a beaucoup entendu ce week-end, à propos du vote pour l’élection de la première secrétaire du parti socialiste : « le pire est arrivé ».

Rappel des faits :

Le vote du jeudi 20 novembre avait donné une large avance à Ségolène Royal (près de 43% contre environ 35% pour Martine Aubry et 22% pour Benoît Hamon), mais sans majorité absolue, obligeant donc à l’organisation d’un second tour le lendemain. Sans surprise, Benoit Hamon appelle à voter Aubry, tout en rappelant qu’il n’est pas propriétaire de ses voix.

Le vote de vendredi a lieu, tout le monde l’annonce serré, même si l’arithmétique (la fameuse) donnait Aubry vaincqueur à 57%.

A 22h, dans le 4e, on dépouille. Cette section est très partagée entre delanoistes et ségolénistes. Ainsi par exemple, le premier secrétaire – Nils Pedersen – est delanoiste, élu par 7 voix d’écart avec la candidate de la motion E – Marie Sophie du Montant. A la surprise de beaucoup, Ségolène Royal est en tête dans le 4e, avec 2 voix d’avance. C’est dire si personne ne peut prétendre gérer seul cette section, le vote des militants devra être scrupuleusement respecté.

Un peu plus tard dans la soirée, vers minuit, Royal est annoncée gagnante, avec 53%. Je suis heureux : nous avons encore une fois gagné en opposant la dynamique à l’arithmétique. Mais beaucoup d’appels à la prudence : certaines grosses fédérations refusent de donner leurs résultats pour le moment, et on les sait toujours pleines de surprises, ces fédérations.

On part vers la Maison des Polytechniciens, où a lieu la soirée des ségolénistes. Les visages sont crispés. L’équipe de Martine Aubry a annoncé sa victoire, alors que certains n’ont pas encore fini de voter. Une victoire sur le fil, on parle d’une poignée de voix d’avance, peut être 200 tout au plus. J’écoute Manuel Valls proclamer, solennel « on ne se laissera pas voler la victoire ». A ce moment là, j’ai peur que l’on passe pour les mauvais perdants.

Puis, période de flotement, tout le monde est un peu ébété, inquiet. La foule se dissipe un peu. Pour ma part, je quite aux alentours de 2h. Dans la nuit, les SMS affluent. On parle désormais de 42 voix d’avance pour Aubry. Autant dire que nous ne sommes pas en mesure d’annoncer de vainqueur, tant on sait que les résultats sont ajustés pendant plusieurs jours. Par exemple, au premier tour, on annoncait d’abord 42.7 pour Ségolène, puis 43.1 pour se stabiliser à 42.9 (soit 0.2 pts de plus que la première déclaration du PS). Si la marge d’erreur est la même au second tour, ce qui est plutot probable, cela veut dire que Ségolène Royal peut espérer l’emporter avec 50.18%.

Et pourtant, Martine Aubry n’en démords pas, elle s’auto-proclame « la première secrétaire de tous les militants », et ose même « narguer » les ségolénistes en affirmant « comprendre la déception de Ségolène Royal, d’autant plus que le résultat est assez serré ». C’est le moins qu’on puisse dire. Pour moi, cette auto-proclamation est la provocation de trop. Même si la comission de récollement devait valider l’avance de MArtine Aubry, il est indigne de la part d’un responsable politique de faire un hold-up sur un vote qui n’est pas encore validé.

En face, Ségolène Royal appelle à la plus grande prudence, et propose un nouveau vote. Elle et son équipe expliquent que quels que soient les résultats officiels, avance de 10 voix pour Ségolène, ou de 20 pour Martine, on ne peut plus réellement départager les deux candidates.

Que faire ?

Mais que faire alors ? Deux solutions sont envisageables.

1/ Revoter : d’abord, il faudrait fiabiliser les listes, améliorer les vérifications dans chaque section, et contrôler mieux les fédérations que l’on sait être toujours soupçonnées de fraude (le Nord, les Bouches du Rhône, l’Hérault). Ensuite, il faut laisser suffisamment de temps pour faire une vraie campagne, de vrais débats entre les deux candidates, histoire que l’on comprenne réellement les différences et points communs de chacunes sur les questions clé : la conception du parti, le programme de gouvernement, les alliances. Enfin, il faut un contrôle renforcé dans chaque section le jour du vote. Et aucune auto-proclamation : rappeler pour ça que seule la direction sortante est habilitée à proclamer des résultats.

2/ Une direction bicéphale : la seconde possibilité, c’est de tirer les conclusions de cette égalité de fait. Les militants ont au final choisi de ne pas choisir. Ils ont déjoué l’arithmétique favorable à Aubry sans pour autant laisser gagner Royal. Au final, c’est un peu un message : non au tout sauf Ségolène. On peut dès lors estimer que la meilleure façon de respecter les militants, ce serait de partir du constat de l’égalité des deux « camps » et de modifier la direction du parti. Avec par exemple deux « lieutenants » à sa tête, un de chaque courant. Cette idée, défendue aujourd’hui par Pierre Moscovici, pourrait sembler séduisante, retour d’un PS Uni, fin des querelles de personnes, ou de courant. Il n’en est rien je pense, au contraire nous ne ferions que scléroser un peu plus le parti. Non, le travail a commencé, il fait mal, très mal, mais il faut le finir. Rendre le parti démocratique, quel belle aventure !

Une seule certitude : Non, Martine Aubry n’a pas gagné, elle n’est pas Première Secrétaire du parti socialiste. Ségolène Royal n’a pas gagné non plus. Quoi qu’en dise la commission de récollement et quoi qu’en dise le conseil national de mardi.

Le PS : des bons militants contre des méchants supporters ?

17 Nov

Dans la même veine que mon précédent billet (qui dénonce les oppositions de posture sur les stratégies d’alliances), une autre fausse opposition absurde visant à justifier la non-synthèse du Congrès de Reims : l’adhésion à 20€. « Pas d’accord, pas d’accord, pas d’accord », disaient Martine et Bertrand.

J’ai entendu et essayé de comprendre deux arguments à ce sujet : le risque de dérive vers un parti de supporters fénéants, et l’attachement à la progressivité du coût de l’adhésion. Deux faux arguments à mon sens.

1. Les militants à 20€ ont-ils nécessairement un poil dans la main ?

A en croire les opposants à une baisse significative du coût de l’adhésion, la notion de « parti de masse » s’opposerait à un « parti de militants ». Sous entendu : à 20€, l’adhérent ne milite pas, il ne fait que supporter. On pourrait comprendre ces craintes, qui seraient légitimes si l’histoire très récente de notre parti ne nous avait pas prouvé le contraire. La vague d’adhésion sans précédent qu’a connu notre parti en 2006, grâce à la campagne d’adhésion à 20€ défendue avec tant d’ardeur par Jack Lang, a permis une campagne présidentielle très active. Les nouveaux militants, venus d’abord pour désigner le candidat aux présidentielles, se sont emparés du Parti, sont allé tracter, débattre, défendre notre vision. Ils ont fait du PS le parti le plus actif sur Internet, le plus moderne dans les formes de militantisme. Bref, cet appel d’air avait donné un coup de jeune à un parti ringardisé par la droite.

Le fond du problème, on le sait, c’est que nombre de militants à 20€ ont désigné Ségolène Royal comme candidate aux présidentielles, et qu’aujourd’hui beaucoup d’entre nous (car je suis moi même de ceux là) sont « incontrolables ». Incontrolables, en langage PS, ça veut dire qu’ils n’obéissent pas à la voix de leur premier fédéral, ou du secrétaire de section. On courrait donc le risque, insupportable, d’avoir un parti – oserais-je même dire le mot – imprévisible ? C’en est trop pour certains, qui préfèrent alors un parti à 100 000, 200 000 militants grand maximum, alors que nous pourrions attirer 500 000, voire 1 million de militants en nous y prenant différemment.

Sur ce point, on est bien face à l’opposition du moderne et de l’ancien, d’un parti qui reste dans des méthodes du XXe siècle contre un parti innovant ancré dans le XXIe siècle. N’ayons pas peur de nous même, pas peur de ces simples sympathisants qui souhaiteraient s’engager à leur manière, débattre, parfois simplement comprendre, mais qui ne souhaitent pas devoir s’acquiter de 300€ pour donner de la voix. Ouvrons nous aux nouvelles formes de militantisme. Ne réduisons pas l’acte militant au règlement d’un droit d’entrée (comme si le PS était comparable au Lions Club ou au Rotary Club) et au tractage et boitage lors des campagnes électorales. Osons donner la voix aux militants, à tous les militants ! Ecoutons les et respectons les !

2. La progressivité du coût de l’adhésion : la fausse bonne idée

Un autre argument entendu contre « la généralisation de l’adhésion à 20€ » est l’attachement de certains à la progressivité du coût de l’adhésion, principe non négociable. C’est notamment l’argument phare de la motion A portée par Bertrand Delanoë.

En effet, le Parti Socialiste défend partout la progressivité de la taxation. Nous y sommes attachés, car c’est au coeur même du principe fondateur de la redistribution des richesses.

Mais enfin, encore une fois, cette bonne idée de facade n’est autre chose qu’une posture. En effet, refléchissons 5 minutes au fonctionnement d’une adhésion à un parti. Je règle annuellement 300€ pour avoir le droit d’assister aux AG, de militer, de voter. Sur ces 300€, 200€ sont déduits de mes impôts (déduction fiscale de 66% des dons associatifs, notamment aux Partis Politiques). Donc, au final, on peut dire que sur 300€ :

– 100€ sont payés par le militant

– 200€ sont payés par l’Etat

Où est le socialisme là dedans ? Je préfère personnellement donner moins pour le fonctionnement de mon parti et plus à la construction des infrastuctures, au financement du service public, à l’éducation.

Quand on sait que les cotisations des militants ne représentent qu’une petite part des revenus du Parti Socialiste, ne doit-on pas préférer que ces même militants payent plus d’impôts, participent plus à l’augmentation des recettes de l’Etat ? Il est là, je pense, le vrai acte militant !

Les alliances : des paroles et des actes

17 Nov

On l’aura compris, il n’y a pas pu avoir synthèse au Congrès de Reims, parce qu’il y avait d’énormes désaccords insurmontables sur le fond (bien au fond du gouffre, en effet). Et parmi les 3 sujets de fond sur lesquels aucun rassemblement n’était possible, c’était sur la question des alliances. Le MoDem est méchant, le MoDem est dangeureux.

Non seulement cette question des alliances est largement instrumentalisée, elle n’est pas mentionnée dans la Motion E et Ségolène Royal a été très claire sur le « rassembler d’abord la gauche, puis tous les démocrates qui se reconnaissent dans notre programme », mais en plus, on ne peut que dénoncer des oppositions de posture, quand les plus virulents opposants d’aujourd’hui sont ceux là même qui ont prouvé hier que de telles alliances étaient possibles.

Il en est ainsi de Martine Aubry, qui dénonce aujourd’hui un risque de droitisation du parti si Ségolène Royal en prend la tête, mais qui hier concluait une alliance entre les deux tours des municipales alors qu’elle n’en avait nullement besoin pour regagner la mairie de Lille.

Aussi, je ne peux résister à l’exquise tentation de citer Martine (le 29 février 2008 au micro d’Europe 1) :

Si le MoDem souhaite travailler autour de notre projet en l’enrichissant éventuellement sans le dénaturer, je suis ouverte à des discussions après que la gauche ait été réunie

Ce n’est ni plus, ni moins que ce que nous défendons au sein de la motion E, et que désormais seule l’élection de Ségolène Royal et Vincent Peillon aux postes de premier secrétaire et premier secrétaire délégué pourra porter.

Si une telle alliance ne doit ni ne peut bien évidemment pas être un pré-requis, un parti se construit d’abord et avant tout sur une ligne politique forte, elle ne peut pas ni ne doit pas être rejetée non plus a priori. Sous peine de sombrer dans un sectarisme que beaucoup attendent pour nous stigmatiser toujours plus.

Un parti fort, c’est aussi un parti capable de discuter avec ses voisins, tous ses voisins, autour de ses convictions.

Cessons donc les faux débats et oppositions de posture, et attaquons nous aux vrais défis du PS : un parti fort en opposition crédible à la politique de Nicolas Sarkozy.

Vanneste blanchi : vers une hierarchie des discriminations ?

13 Nov

La cour de cassation a cassé hier, mercredi 12 novembre 2008, la condamnation pour injure envers la communauté homosexuelle du député UMP Christian Vanneste.

Rappel des faits :

En contestation à la loi du 30 décembre 2004, qui réprime les injures et discriminations homophobes au même titre que les injures et discriminations racistes ou sexistes, M. Vanneste avait déclaré à la presse régionale que l’homosexualité était « inférieure à l’hétérosexualité. Si on la poussait à l’universel, ce serait dangereux pour l’humanité ».

En janvier 2006, le tribunal correctionnel de Lille avait condamné M. Vanneste à 3.000 euros d’amende, ainsi qu’à 2.000 euros de dommages et intérêts à verser à SOS-Homophobie, Act-Up Paris et au Syndicat national des entreprises gays (Sneg).

Suite à l’appel de M. Vanneste, la cour d’appel de Douai (Nord) avait confirmé cette décision. le 25 janvier 2007.

M. Vanneste s’était alors pourvu en cassation, estimant qu' »un parlementaire est investi d’une parcelle de la souveraineté nationale » et que « sa liberté d’expression est une condition de la démocratie et de l’Etat de droit ».

Le jugement en cassation

L’avocat général avait conclu au rejet de ce pourvoi le 14 octobre 2008.

Mercredi 12 novembre, la chambre criminelle a cassé la décision de la cour d’appel, sans même renvoyer le dossier devant une autre cour d’appel.

La cour suprême a estimé : « Si les propos litigieux, qui avaient été tenus dans la suite des débats et du vote de la loi du 30 décembre 2004, ont pu heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles, leur contenu ne dépasse pas les limites de la liberté d’expression ».

Quels impacts ?

Cette décision de justice m’inquiète fortement, et sur plusieurs points :

1/ J’ai l’impression qu’on est entré dans une espèce de hierarchie des discriminations. En effet, qu’en aurait-il été si, à l’issue d’un débat sur la reconnaissance des effets de la colonialisation, un député avait expliqué que : « les noirs sont inférieurs aux blancs » ? Et si, à l’issue d’un vote sur la parité, un autre député avait affirmé que : « les femmes sont inférieures aux hommes » ? Ces propos auraient été à juste titre condamnés, et ils ne peuvent entrer dans le cadre de la liberté d’expression, car ils sont discriminatoires. Visiblement, l’injure homophobe est moins grave…

2/ La réponse de la cour de cassation est très inquiétante. Non, les propos de M. Vanneste ne font pas que « heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles ». Ils choquent l’ensemble des personnes soucieuses de la lutte contre les discriminations, contre toutes les discriminations. Ils choquent tous ceux qui refusent l’idée qu’un Homme serait inférieur à un autre, qu’une orientation serait meilleure qu’une autre. Parler de sensibilité de « certaines personnes homosexuelles », c’est en quelques sortes minimiser les propos tenus, et accuser ces personnes d’une certaine sensiblerie.

3/ Aucun commentaire à ce jour de la part de l’UMP, si ce n’est les laconiques « je ne commente pas une décision de justice » de quelques uns. Rappelons d’ailleurs que Vanneste n’a pas été exclu de l’UMP suite à ses propos, et qu’il est même élu UMP aujourd’hui. On ne peut s’empécher également de faire le rapprochement avec les récents propos de M. Longuet lors d’une réunion de commission : « J’avais une question malicieuse, mais je la poserai plus tard… c’est de savoir où commençait et où s’arrêtait l’homophobie… mais enfin, ça c’est un autre sujet (…) C’est extrêmement réjouissant de savoir que l’on promeut en effet des formes nouvelles de sexualité dans l’école et qu’on combat en même temps la pédophilie… Il y a quand même un moment où il faut savoir sur quelles valeurs on s’arrête… ». Ces propos avaient été condamnés dans la même réunion par Xavier Darcos.

Je souhaiterais vivement que le PS dénonce fermement la décision de la cour de cassation, montrant ainsi que malgré le débat interne actuel, le parti reste actif dans son combat et son rôle d’opposition constructive à un parti qui campe vraissemblablement sur des positions d’un autre temps.