Non à la médiocrité européenne ! 

Il est loin, le temps où Jacques Delors, alors président de la Commission Européenne, incarnait la vision et l’ambition européennes du Parti Socialiste français. Aujourd’hui, ce parti, dirigé par sa fille, mais elle est loin d’être la seule responsable de cet abandon, a fait le choix de la médiocrité, comme l’indique Jean Quatremer dans son article du 04/03/2009 (PS et Européennes : la conjuration des médiocres).

 

Ce format de consultation des militants me pose toujours problème.

Le PS se gausse toujours d’être le parti le plus démocratique de la scène politique française. C’est surement vrai, mais cette carence démocratique des autres partis ne doit pas occulter le fait que bien souvent, la consultation des militants est organisée de telle manière qu’elle est contraire à tout principe démocratique. En effet, j’ai toujours été dérangé par les espèces de référendum pour lesquels nous étions consultés : pour ou contre la réforme des statuts ? pour ou contre le programme aux présidentielles ? pour ou contre cette liste aux européennes ? Cette formulation laisse perplexe : et qu’advient-il si on vote « contre » ? Bien souvent, le cas n’est même pas prévu, ou alors de manière peu détaillée. Pire, ceux qui sont tentés par le nonisme sont stigmatisés, accusés de mettre en péril notre belle unité, de fragiliser notre position dans la prochaine élection. En témoignent les « mises au point » régulièrement adressées par certains de nos responsables nationaux, visant à intimider ceux qui seraient tenté d’exprimer leur désaccord.

Mais alors, à quoi bon nous soumettre ces questions, si au final il est évident que seul le « oui » est une véritable réponse ?

Pour ces raisons, parce que je ne comprends pas du tout l’intérêt d’une consultation si elle n’est que de façade, j’ai toujours voté « abstention » (ce qui est comptabilisé, au PS) lors de ce type de consultation (lors du programme présidentiel, lors de la réforme des statuts et la déclaration de principe).

 

La dé-corrélation projet/personne renforce la personnalisation du débat.

J’étais de ceux qui, lors des primaires aux élections présidentielles, ont critiqué la séparation entre le projet d’une part – consensus mou entre les différentes sensibilités du parti – et les candidats – qui sont censés être l’incarnation de ce projet. S’il est évident que l’on doit s’attacher à garantir l’unité du parti, ce travail de rassemblement ne doit s’effectuer selon moi qu’une fois des primaires effectuées en bonne et due forme. La vitalité d’un parti dépend de la capacité à confronter ses idées. N’ayons pas peur de nos désaccords : c’est eux qui nous font avancer. A la condition, bien entendu, qu’une fois que le militant a tranché, sur le fond et non sur des simples questions de personnes, la majorité soit respectée.

Pour moi, il n’y a donc que deux façons de désigner un(e) candidat(e) ou une liste : soit une nomination à la discrétion de la direction, sans consultation des militants, soit l’organisation d’une vraie primaire, avec différents projets portés par différents candidats. Pour les présidentielles, ce choix aurait apporté beaucoup plus de clarté, il aurait évité que notre candidate ait à défendre des choix de programme effectués en amont pour lesquels elle n’était pas forcément d’accord, enfin il aurait – qui sait – facilité un rassemblement plus franc pendant la campagne.

J’ai toujours l’impression que nous avons une peur farouche du débat. J’entends souvent des camarades activer les sirènes de la division pour dénoncer des prises de position non-conformes. Pourtant, si on regarde un peu ce qui se fait ailleurs, les primaires entre Obama et Clinton aux Etats-Unis, mais également celles qui opposent Pécresse et Karouchi pour l’Ile-de-France, on a bien toujours un vote conjoint sur les personnes et le programme. Le PS semble s’isoler dans une idéologie selon laquelle le programme doit être le fruit d’un consensus collectif, et son incarnation le fruit du vote militant. Comme dans un exercice de style où l’on décorrèlerait le fond de la forme. Totalement irréaliste.

Car au final, cette erreur dans le fonctionnement du PS conduit à une hyper personnalisation du débat. En n’invitant à voter que sur les personnes, la direction a déplacé la campagne interne aux européennes sur des polémiques de courants et sous-courants. On ne peut pas à la fois critiquer Ségolène Royal car elle personnalise un projet politique et dans un même temps faire voter des militants sur les seules listes, non sur des programmes. Car au final, pour quoi votera-t-on jeudi soir ? Pour des personnes, uniquement. Au nom de quoi ? En fait, il semble qu’on nous appelle à voter sur la question « estimez vous que votre courant a une bonne place dans cette liste, et du coup vous semble-t-elle acceptable eu égard à votre sensibilité ? ». Nous devons nous rendre à l’évidence, ce déplacement du débat est de la responsabilité de tous, tous ceux qui ont contribué à l’élaboration des listes, tous ceux qui en ont fait un savant équilibre de motions, tous ceux qui ont lutté pour avoir le plus de représentants possibles de son courant, au mépris parfois – souvent même – de l’intérêt commun.

On nous demande donc de juger des personnes, et non des projets. Je ne m’estime personnellement pas apte à juger des personnes que je ne connais pas pour la plupart, je voudrais juste pouvoir m’assurer que ces personnes ont une réelle envie d’Europe, qu’ils porteront hautes les couleurs du socialisme français au sein du Parlement, en y siégeant un peu plus que leurs prédécesseurs.

 

Ces listes et le programme manquent d’une réelle ambition européenne.

Les deux premières raisons que j’ai évoquées, le format de la consultation et la personnalisation de la consultation, auraient pu me conduire à m’abstenir. C’était ma volonté première. Mais cette fois, ce n’est pas un refus de choix, ou refus de ratifier un choix qu’on a déjà fait pour nous, que je veux signifier, mais bel et bien un vrai désaccord sur le fond, la politique européenne du PS, et sur la forme, une consultation qui n’a pas de sens.

Car il nous manque aujourd’hui un vrai programme, des mesures phares, de l’ambition pour l’Europe. Le texte d’orientation, Donner une nouvelle direction à l’Europe, échoue à me rassurer. Sa colonne vertébrale, le Manifesto, est sans conteste une excellente nouvelle : pour la première fois, le PSE – Parti Socialiste Européen – et tous les partis qui le composent se sont mis d’accord sur un projet commun. Mais il n’est qu’un socle, et ne saurait représenter tout notre programme ! Et ce dont j’ai envie, moi, c’est que sur cette base là nous construisions des propositions fortes, lisibles pour les citoyens portés par des véritables passionnés d’Europe. Nous en avons au Parti Socialiste, c’est certain. Peu se retrouvent sur les listes actuelles.

Comme beaucoup de jeunes, j’ai pris réellement conscience de l’Europe en effectuant un échange Erasmus, en Pologne. Ce programme est l’exemple de ce qui peut marcher en Europe, et de ce qui a du sens pour le citoyen. Dire « l’Europe c’est Erasmus » à une personne ayant bénéficié de ce programme, c’est s’assurer de son adhésion au projet européen. De même, j’attends d’un programme Européen qu’il soit porteur de grands projets, clairs, identifiés, ce qui est manifestement absent de l’actuel embryon de programme socialiste.

 

Ce n’est donc pas contre une liste de personnes que je voterai jeudi, mais contre le choix délibéré du PS de ne pas occuper la scène européenne, contre l’absence d’audace, contre une dépolitisation et une people-isation de la consultation.