On fait quoi maintenant ?

On l’a beaucoup entendu ce week-end, à propos du vote pour l’élection de la première secrétaire du parti socialiste : “le pire est arrivé”.

Rappel des faits :

Le vote du jeudi 20 novembre avait donné une large avance à Ségolène Royal (près de 43% contre environ 35% pour Martine Aubry et 22% pour Benoît Hamon), mais sans majorité absolue, obligeant donc à l’organisation d’un second tour le lendemain. Sans surprise, Benoit Hamon appelle à voter Aubry, tout en rappelant qu’il n’est pas propriétaire de ses voix.

Le vote de vendredi a lieu, tout le monde l’annonce serré, même si l’arithmétique (la fameuse) donnait Aubry vaincqueur à 57%.

A 22h, dans le 4e, on dépouille. Cette section est très partagée entre delanoistes et ségolénistes. Ainsi par exemple, le premier secrétaire – Nils Pedersen – est delanoiste, élu par 7 voix d’écart avec la candidate de la motion E – Marie Sophie du Montant. A la surprise de beaucoup, Ségolène Royal est en tête dans le 4e, avec 2 voix d’avance. C’est dire si personne ne peut prétendre gérer seul cette section, le vote des militants devra être scrupuleusement respecté.

Un peu plus tard dans la soirée, vers minuit, Royal est annoncée gagnante, avec 53%. Je suis heureux : nous avons encore une fois gagné en opposant la dynamique à l’arithmétique. Mais beaucoup d’appels à la prudence : certaines grosses fédérations refusent de donner leurs résultats pour le moment, et on les sait toujours pleines de surprises, ces fédérations.

On part vers la Maison des Polytechniciens, où a lieu la soirée des ségolénistes. Les visages sont crispés. L’équipe de Martine Aubry a annoncé sa victoire, alors que certains n’ont pas encore fini de voter. Une victoire sur le fil, on parle d’une poignée de voix d’avance, peut être 200 tout au plus. J’écoute Manuel Valls proclamer, solennel “on ne se laissera pas voler la victoire”. A ce moment là, j’ai peur que l’on passe pour les mauvais perdants.

Puis, période de flotement, tout le monde est un peu ébété, inquiet. La foule se dissipe un peu. Pour ma part, je quite aux alentours de 2h. Dans la nuit, les SMS affluent. On parle désormais de 42 voix d’avance pour Aubry. Autant dire que nous ne sommes pas en mesure d’annoncer de vainqueur, tant on sait que les résultats sont ajustés pendant plusieurs jours. Par exemple, au premier tour, on annoncait d’abord 42.7 pour Ségolène, puis 43.1 pour se stabiliser à 42.9 (soit 0.2 pts de plus que la première déclaration du PS). Si la marge d’erreur est la même au second tour, ce qui est plutot probable, cela veut dire que Ségolène Royal peut espérer l’emporter avec 50.18%.

Et pourtant, Martine Aubry n’en démords pas, elle s’auto-proclame “la première secrétaire de tous les militants”, et ose même “narguer” les ségolénistes en affirmant “comprendre la déception de Ségolène Royal, d’autant plus que le résultat est assez serré”. C’est le moins qu’on puisse dire. Pour moi, cette auto-proclamation est la provocation de trop. Même si la comission de récollement devait valider l’avance de MArtine Aubry, il est indigne de la part d’un responsable politique de faire un hold-up sur un vote qui n’est pas encore validé.

En face, Ségolène Royal appelle à la plus grande prudence, et propose un nouveau vote. Elle et son équipe expliquent que quels que soient les résultats officiels, avance de 10 voix pour Ségolène, ou de 20 pour Martine, on ne peut plus réellement départager les deux candidates.

Que faire ?

Mais que faire alors ? Deux solutions sont envisageables.

1/ Revoter : d’abord, il faudrait fiabiliser les listes, améliorer les vérifications dans chaque section, et contrôler mieux les fédérations que l’on sait être toujours soupçonnées de fraude (le Nord, les Bouches du Rhône, l’Hérault). Ensuite, il faut laisser suffisamment de temps pour faire une vraie campagne, de vrais débats entre les deux candidates, histoire que l’on comprenne réellement les différences et points communs de chacunes sur les questions clé : la conception du parti, le programme de gouvernement, les alliances. Enfin, il faut un contrôle renforcé dans chaque section le jour du vote. Et aucune auto-proclamation : rappeler pour ça que seule la direction sortante est habilitée à proclamer des résultats.

2/ Une direction bicéphale : la seconde possibilité, c’est de tirer les conclusions de cette égalité de fait. Les militants ont au final choisi de ne pas choisir. Ils ont déjoué l’arithmétique favorable à Aubry sans pour autant laisser gagner Royal. Au final, c’est un peu un message : non au tout sauf Ségolène. On peut dès lors estimer que la meilleure façon de respecter les militants, ce serait de partir du constat de l’égalité des deux “camps” et de modifier la direction du parti. Avec par exemple deux “lieutenants” à sa tête, un de chaque courant. Cette idée, défendue aujourd’hui par Pierre Moscovici, pourrait sembler séduisante, retour d’un PS Uni, fin des querelles de personnes, ou de courant. Il n’en est rien je pense, au contraire nous ne ferions que scléroser un peu plus le parti. Non, le travail a commencé, il fait mal, très mal, mais il faut le finir. Rendre le parti démocratique, quel belle aventure !

Une seule certitude : Non, Martine Aubry n’a pas gagné, elle n’est pas Première Secrétaire du parti socialiste. Ségolène Royal n’a pas gagné non plus. Quoi qu’en dise la commission de récollement et quoi qu’en dise le conseil national de mardi.