Updates from novembre, 2008 Masquer les fils | Raccourcis clavier

  • On fait quoi maintenant ? 

    binoo 13:53 on Monday 24 November 2008 Permalien | Répondre

    On l’a beaucoup entendu ce week-end, à propos du vote pour l’élection de la première secrétaire du parti socialiste : “le pire est arrivé”.

    Rappel des faits :

    Le vote du jeudi 20 novembre avait donné une large avance à Ségolène Royal (près de 43% contre environ 35% pour Martine Aubry et 22% pour Benoît Hamon), mais sans majorité absolue, obligeant donc à l’organisation d’un second tour le lendemain. Sans surprise, Benoit Hamon appelle à voter Aubry, tout en rappelant qu’il n’est pas propriétaire de ses voix.

    Le vote de vendredi a lieu, tout le monde l’annonce serré, même si l’arithmétique (la fameuse) donnait Aubry vaincqueur à 57%.

    A 22h, dans le 4e, on dépouille. Cette section est très partagée entre delanoistes et ségolénistes. Ainsi par exemple, le premier secrétaire – Nils Pedersen – est delanoiste, élu par 7 voix d’écart avec la candidate de la motion E – Marie Sophie du Montant. A la surprise de beaucoup, Ségolène Royal est en tête dans le 4e, avec 2 voix d’avance. C’est dire si personne ne peut prétendre gérer seul cette section, le vote des militants devra être scrupuleusement respecté.

    Un peu plus tard dans la soirée, vers minuit, Royal est annoncée gagnante, avec 53%. Je suis heureux : nous avons encore une fois gagné en opposant la dynamique à l’arithmétique. Mais beaucoup d’appels à la prudence : certaines grosses fédérations refusent de donner leurs résultats pour le moment, et on les sait toujours pleines de surprises, ces fédérations.

    On part vers la Maison des Polytechniciens, où a lieu la soirée des ségolénistes. Les visages sont crispés. L’équipe de Martine Aubry a annoncé sa victoire, alors que certains n’ont pas encore fini de voter. Une victoire sur le fil, on parle d’une poignée de voix d’avance, peut être 200 tout au plus. J’écoute Manuel Valls proclamer, solennel “on ne se laissera pas voler la victoire”. A ce moment là, j’ai peur que l’on passe pour les mauvais perdants.

    Puis, période de flotement, tout le monde est un peu ébété, inquiet. La foule se dissipe un peu. Pour ma part, je quite aux alentours de 2h. Dans la nuit, les SMS affluent. On parle désormais de 42 voix d’avance pour Aubry. Autant dire que nous ne sommes pas en mesure d’annoncer de vainqueur, tant on sait que les résultats sont ajustés pendant plusieurs jours. Par exemple, au premier tour, on annoncait d’abord 42.7 pour Ségolène, puis 43.1 pour se stabiliser à 42.9 (soit 0.2 pts de plus que la première déclaration du PS). Si la marge d’erreur est la même au second tour, ce qui est plutot probable, cela veut dire que Ségolène Royal peut espérer l’emporter avec 50.18%.

    Et pourtant, Martine Aubry n’en démords pas, elle s’auto-proclame “la première secrétaire de tous les militants”, et ose même “narguer” les ségolénistes en affirmant “comprendre la déception de Ségolène Royal, d’autant plus que le résultat est assez serré”. C’est le moins qu’on puisse dire. Pour moi, cette auto-proclamation est la provocation de trop. Même si la comission de récollement devait valider l’avance de MArtine Aubry, il est indigne de la part d’un responsable politique de faire un hold-up sur un vote qui n’est pas encore validé.

    En face, Ségolène Royal appelle à la plus grande prudence, et propose un nouveau vote. Elle et son équipe expliquent que quels que soient les résultats officiels, avance de 10 voix pour Ségolène, ou de 20 pour Martine, on ne peut plus réellement départager les deux candidates.

    Que faire ?

    Mais que faire alors ? Deux solutions sont envisageables.

    1/ Revoter : d’abord, il faudrait fiabiliser les listes, améliorer les vérifications dans chaque section, et contrôler mieux les fédérations que l’on sait être toujours soupçonnées de fraude (le Nord, les Bouches du Rhône, l’Hérault). Ensuite, il faut laisser suffisamment de temps pour faire une vraie campagne, de vrais débats entre les deux candidates, histoire que l’on comprenne réellement les différences et points communs de chacunes sur les questions clé : la conception du parti, le programme de gouvernement, les alliances. Enfin, il faut un contrôle renforcé dans chaque section le jour du vote. Et aucune auto-proclamation : rappeler pour ça que seule la direction sortante est habilitée à proclamer des résultats.

    2/ Une direction bicéphale : la seconde possibilité, c’est de tirer les conclusions de cette égalité de fait. Les militants ont au final choisi de ne pas choisir. Ils ont déjoué l’arithmétique favorable à Aubry sans pour autant laisser gagner Royal. Au final, c’est un peu un message : non au tout sauf Ségolène. On peut dès lors estimer que la meilleure façon de respecter les militants, ce serait de partir du constat de l’égalité des deux “camps” et de modifier la direction du parti. Avec par exemple deux “lieutenants” à sa tête, un de chaque courant. Cette idée, défendue aujourd’hui par Pierre Moscovici, pourrait sembler séduisante, retour d’un PS Uni, fin des querelles de personnes, ou de courant. Il n’en est rien je pense, au contraire nous ne ferions que scléroser un peu plus le parti. Non, le travail a commencé, il fait mal, très mal, mais il faut le finir. Rendre le parti démocratique, quel belle aventure !

    Une seule certitude : Non, Martine Aubry n’a pas gagné, elle n’est pas Première Secrétaire du parti socialiste. Ségolène Royal n’a pas gagné non plus. Quoi qu’en dise la commission de récollement et quoi qu’en dise le conseil national de mardi.

     
  • Le PS : des bons militants contre des méchants supporters ? 

    binoo 14:17 on Monday 17 November 2008 Permalien | Répondre
    Mots-clefs : Militants

    Dans la même veine que mon précédent billet (qui dénonce les oppositions de posture sur les stratégies d’alliances), une autre fausse opposition absurde visant à justifier la non-synthèse du Congrès de Reims : l’adhésion à 20€. “Pas d’accord, pas d’accord, pas d’accord”, disaient Martine et Bertrand.

    J’ai entendu et essayé de comprendre deux arguments à ce sujet : le risque de dérive vers un parti de supporters fénéants, et l’attachement à la progressivité du coût de l’adhésion. Deux faux arguments à mon sens.

    1. Les militants à 20€ ont-ils nécessairement un poil dans la main ?

    A en croire les opposants à une baisse significative du coût de l’adhésion, la notion de “parti de masse” s’opposerait à un “parti de militants”. Sous entendu : à 20€, l’adhérent ne milite pas, il ne fait que supporter. On pourrait comprendre ces craintes, qui seraient légitimes si l’histoire très récente de notre parti ne nous avait pas prouvé le contraire. La vague d’adhésion sans précédent qu’a connu notre parti en 2006, grâce à la campagne d’adhésion à 20€ défendue avec tant d’ardeur par Jack Lang, a permis une campagne présidentielle très active. Les nouveaux militants, venus d’abord pour désigner le candidat aux présidentielles, se sont emparés du Parti, sont allé tracter, débattre, défendre notre vision. Ils ont fait du PS le parti le plus actif sur Internet, le plus moderne dans les formes de militantisme. Bref, cet appel d’air avait donné un coup de jeune à un parti ringardisé par la droite.

    Le fond du problème, on le sait, c’est que nombre de militants à 20€ ont désigné Ségolène Royal comme candidate aux présidentielles, et qu’aujourd’hui beaucoup d’entre nous (car je suis moi même de ceux là) sont “incontrolables”. Incontrolables, en langage PS, ça veut dire qu’ils n’obéissent pas à la voix de leur premier fédéral, ou du secrétaire de section. On courrait donc le risque, insupportable, d’avoir un parti – oserais-je même dire le mot – imprévisible ? C’en est trop pour certains, qui préfèrent alors un parti à 100 000, 200 000 militants grand maximum, alors que nous pourrions attirer 500 000, voire 1 million de militants en nous y prenant différemment.

    Sur ce point, on est bien face à l’opposition du moderne et de l’ancien, d’un parti qui reste dans des méthodes du XXe siècle contre un parti innovant ancré dans le XXIe siècle. N’ayons pas peur de nous même, pas peur de ces simples sympathisants qui souhaiteraient s’engager à leur manière, débattre, parfois simplement comprendre, mais qui ne souhaitent pas devoir s’acquiter de 300€ pour donner de la voix. Ouvrons nous aux nouvelles formes de militantisme. Ne réduisons pas l’acte militant au règlement d’un droit d’entrée (comme si le PS était comparable au Lions Club ou au Rotary Club) et au tractage et boitage lors des campagnes électorales. Osons donner la voix aux militants, à tous les militants ! Ecoutons les et respectons les !

    2. La progressivité du coût de l’adhésion : la fausse bonne idée

    Un autre argument entendu contre “la généralisation de l’adhésion à 20€” est l’attachement de certains à la progressivité du coût de l’adhésion, principe non négociable. C’est notamment l’argument phare de la motion A portée par Bertrand Delanoë.

    En effet, le Parti Socialiste défend partout la progressivité de la taxation. Nous y sommes attachés, car c’est au coeur même du principe fondateur de la redistribution des richesses.

    Mais enfin, encore une fois, cette bonne idée de facade n’est autre chose qu’une posture. En effet, refléchissons 5 minutes au fonctionnement d’une adhésion à un parti. Je règle annuellement 300€ pour avoir le droit d’assister aux AG, de militer, de voter. Sur ces 300€, 200€ sont déduits de mes impôts (déduction fiscale de 66% des dons associatifs, notamment aux Partis Politiques). Donc, au final, on peut dire que sur 300€ :

    - 100€ sont payés par le militant

    - 200€ sont payés par l’Etat

    Où est le socialisme là dedans ? Je préfère personnellement donner moins pour le fonctionnement de mon parti et plus à la construction des infrastuctures, au financement du service public, à l’éducation.

    Quand on sait que les cotisations des militants ne représentent qu’une petite part des revenus du Parti Socialiste, ne doit-on pas préférer que ces même militants payent plus d’impôts, participent plus à l’augmentation des recettes de l’Etat ? Il est là, je pense, le vrai acte militant !

     
    • olivier 15:28 on Lundi 17 novembre 2008 Permalien

      en pleine de crise de pouvoir d’achat et si l’on veut un parti populaire avec des jeunes et des ouvriers, la cotisation modique s’impose. mais là encore, le ps est à côté de la plaque ! vive la motion e, la seule qui s’adresse réellement et sincèrement aux couches populaires.

  • Les alliances : des paroles et des actes 

    binoo 13:43 on Monday 17 November 2008 Permalien | Répondre
    Mots-clefs : Martine Aubry, MoDem

    On l’aura compris, il n’y a pas pu avoir synthèse au Congrès de Reims, parce qu’il y avait d’énormes désaccords insurmontables sur le fond (bien au fond du gouffre, en effet). Et parmi les 3 sujets de fond sur lesquels aucun rassemblement n’était possible, c’était sur la question des alliances. Le MoDem est méchant, le MoDem est dangeureux.

    Non seulement cette question des alliances est largement instrumentalisée, elle n’est pas mentionnée dans la Motion E et Ségolène Royal a été très claire sur le “rassembler d’abord la gauche, puis tous les démocrates qui se reconnaissent dans notre programme”, mais en plus, on ne peut que dénoncer des oppositions de posture, quand les plus virulents opposants d’aujourd’hui sont ceux là même qui ont prouvé hier que de telles alliances étaient possibles.

    Il en est ainsi de Martine Aubry, qui dénonce aujourd’hui un risque de droitisation du parti si Ségolène Royal en prend la tête, mais qui hier concluait une alliance entre les deux tours des municipales alors qu’elle n’en avait nullement besoin pour regagner la mairie de Lille.

    Aussi, je ne peux résister à l’exquise tentation de citer Martine (le 29 février 2008 au micro d’Europe 1) :

    Si le MoDem souhaite travailler autour de notre projet en l’enrichissant éventuellement sans le dénaturer, je suis ouverte à des discussions après que la gauche ait été réunie

    Ce n’est ni plus, ni moins que ce que nous défendons au sein de la motion E, et que désormais seule l’élection de Ségolène Royal et Vincent Peillon aux postes de premier secrétaire et premier secrétaire délégué pourra porter.

    Si une telle alliance ne doit ni ne peut bien évidemment pas être un pré-requis, un parti se construit d’abord et avant tout sur une ligne politique forte, elle ne peut pas ni ne doit pas être rejetée non plus a priori. Sous peine de sombrer dans un sectarisme que beaucoup attendent pour nous stigmatiser toujours plus.

    Un parti fort, c’est aussi un parti capable de discuter avec ses voisins, tous ses voisins, autour de ses convictions.

    Cessons donc les faux débats et oppositions de posture, et attaquons nous aux vrais défis du PS : un parti fort en opposition crédible à la politique de Nicolas Sarkozy.

     
    • olivier 15:23 on Lundi 17 novembre 2008 Permalien

      que de faux débats ! pour les alliances, ségolène a proposé que les millitants soient consultés directement. voilà qui est règlé. on est loin des prises de position de hamon qui ne veut plus que les militants élisent leur 1er secrétaire ! de qui se moque-t-on ? le congrès de reims a superbement souligné que le vote des militants ne compte pas sinon un effort aurait été fait pour se rassembler autour de la motion qui a obtenu le plus de voix. mais même entre les motions A, C et D, ils ne sont pas capables de se mettre d’accord. ce matin, on apprend que delanoë appelle à voter pour aubry, pourquoi l’annoncer aujourd’hui ? que d’opacité dans ce parti…

  • Vanneste blanchi : vers une hierarchie des discriminations ? 

    binoo 15:40 on Thursday 13 November 2008 Permalien | Répondre

    La cour de cassation a cassé hier, mercredi 12 novembre 2008, la condamnation pour injure envers la communauté homosexuelle du député UMP Christian Vanneste.

    Rappel des faits :

    En contestation à la loi du 30 décembre 2004, qui réprime les injures et discriminations homophobes au même titre que les injures et discriminations racistes ou sexistes, M. Vanneste avait déclaré à la presse régionale que l’homosexualité était “inférieure à l’hétérosexualité. Si on la poussait à l’universel, ce serait dangereux pour l’humanité”.

    En janvier 2006, le tribunal correctionnel de Lille avait condamné M. Vanneste à 3.000 euros d’amende, ainsi qu’à 2.000 euros de dommages et intérêts à verser à SOS-Homophobie, Act-Up Paris et au Syndicat national des entreprises gays (Sneg).

    Suite à l’appel de M. Vanneste, la cour d’appel de Douai (Nord) avait confirmé cette décision. le 25 janvier 2007.

    M. Vanneste s’était alors pourvu en cassation, estimant qu’”un parlementaire est investi d’une parcelle de la souveraineté nationale” et que “sa liberté d’expression est une condition de la démocratie et de l’Etat de droit”.

    Le jugement en cassation

    L’avocat général avait conclu au rejet de ce pourvoi le 14 octobre 2008.

    Mercredi 12 novembre, la chambre criminelle a cassé la décision de la cour d’appel, sans même renvoyer le dossier devant une autre cour d’appel.

    La cour suprême a estimé : “Si les propos litigieux, qui avaient été tenus dans la suite des débats et du vote de la loi du 30 décembre 2004, ont pu heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles, leur contenu ne dépasse pas les limites de la liberté d’expression”.

    Quels impacts ?

    Cette décision de justice m’inquiète fortement, et sur plusieurs points :

    1/ J’ai l’impression qu’on est entré dans une espèce de hierarchie des discriminations. En effet, qu’en aurait-il été si, à l’issue d’un débat sur la reconnaissance des effets de la colonialisation, un député avait expliqué que : “les noirs sont inférieurs aux blancs” ? Et si, à l’issue d’un vote sur la parité, un autre député avait affirmé que : “les femmes sont inférieures aux hommes” ? Ces propos auraient été à juste titre condamnés, et ils ne peuvent entrer dans le cadre de la liberté d’expression, car ils sont discriminatoires. Visiblement, l’injure homophobe est moins grave…

    2/ La réponse de la cour de cassation est très inquiétante. Non, les propos de M. Vanneste ne font pas que “heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles”. Ils choquent l’ensemble des personnes soucieuses de la lutte contre les discriminations, contre toutes les discriminations. Ils choquent tous ceux qui refusent l’idée qu’un Homme serait inférieur à un autre, qu’une orientation serait meilleure qu’une autre. Parler de sensibilité de “certaines personnes homosexuelles”, c’est en quelques sortes minimiser les propos tenus, et accuser ces personnes d’une certaine sensiblerie.

    3/ Aucun commentaire à ce jour de la part de l’UMP, si ce n’est les laconiques “je ne commente pas une décision de justice” de quelques uns. Rappelons d’ailleurs que Vanneste n’a pas été exclu de l’UMP suite à ses propos, et qu’il est même élu UMP aujourd’hui. On ne peut s’empécher également de faire le rapprochement avec les récents propos de M. Longuet lors d’une réunion de commission : « J’avais une question malicieuse, mais je la poserai plus tard… c’est de savoir où commençait et où s’arrêtait l’homophobie… mais enfin, ça c’est un autre sujet (…) C’est extrêmement réjouissant de savoir que l’on promeut en effet des formes nouvelles de sexualité dans l’école et qu’on combat en même temps la pédophilie… Il y a quand même un moment où il faut savoir sur quelles valeurs on s’arrête… ». Ces propos avaient été condamnés dans la même réunion par Xavier Darcos.

    Je souhaiterais vivement que le PS dénonce fermement la décision de la cour de cassation, montrant ainsi que malgré le débat interne actuel, le parti reste actif dans son combat et son rôle d’opposition constructive à un parti qui campe vraissemblablement sur des positions d’un autre temps.

     
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