Suite au très bon discours de Ségolène Royal à Athènes le 3/10/2008, qui nous éclaire sur les orientations de la Motion E en matière d’économie et plus particulièrement de gestion de la crise, j’ai effectué un résumé des principaux points abordés.

La finance au service d’elle-même.
Mai, émeutes de la faim à Dakar et Ouagadougou. Septembre, effondrement de Lehman Brother, puis d’autres empires financiers : les conséquences du libéralisme appellent la gauche à une lucidité radicale et à la proposition d’un autre système.
La sphère financière s’est affranchie de l’économie réelle : on est passé de 18 milliards d’échanges quotidiens en bourse en 1971 à près de 1800 milliards aujourd’hui. Alors que la finance devait servir l’économie réelle, elle ne sert désormais qu’à elle-même. Or, le bon ordre des choses, c’est : la finance au service de l’économie et non d’elle-même, et l’économie au service du développement humain.
Rien ne serait pire qu’un colmatage de la crise. Il est temps d’inventer un nouvel ordre financier, économique, écologique et social juste et efficace : voilà la gauche que le monde attend avec impatience.

L’échec de la mondialisation libérale.
-    Les règles prudentielles sont contournées. Le comité de Bâle impose aux banques de détenir 1$ de capital pour 12$ de crédit. Certains acteurs ont contracté jusqu’à 32$ de crédit pour un seul dollar de capital. Les fonds spéculatifs, eux, n’ont jamais été soumis à aucune règle.
-    Certaines convictions économiques sont devenues des dogmes. Reposant sur le Consensus de Washington, par exemple, le FMI a imposé une déréglementation et une libéralisation de l’économie de nombre de pays africains et latino américains, ce qui devait leur ouvrir la voie du développement. C’est l’inverse qui s’est produit, ces économies étant sorties exsangues de cette thérapie de choc.
-    Cet échec de la mondialisation libérale est à la fois dans les têtes – 74% des Français jugent la mondialisation inquiétante – et dans les faits – les classes moyennes sont partout fragilisées, et l’écart entre pays riches et pays pauvres s’est accentué.

Les raisons de cet échec : le déficit démocratique de la mondialisation.
-    La propriété intellectuelle et l’accès aux médicaments génériques est l’exemple tragique d’une mondialisation qui a placé les valeurs économiques (les profits des entreprises pharmaceutiques) au dessus des autres valeurs fondamentales (en l’occurrence la vie des malades des pays pauvres).
-    Le déficit démocratique, c’est par exemple l’attribution des droits de vote dans les institutions internationales, proportionnel non pas au nombre d’habitants mais à la richesse de chaque pays. C’est aussi les décisions du FMI, qui affectent les économies des pays en développement, qui sont prises sous l’angle unique de la maitrise de l’inflation, et non de l’emploi ni de la croissance.
-    Au final, les grandes décisions qui ont fait la mondialisation telle qu’elle est aujourd’hui ont presque toujours été prises hors de tout processus démocratique.
-    Il faut donc agir différemment, avec à l’esprit l’intérêt des citoyens et des peuples de cette planète.

Faut-il sauver le système ou le changer ?
Nous sommes face à un dilemme : renflouer les banques aveuglement revient à sauver un système pervers où l’irresponsabilité serait au final encouragée. Mais ne rien faire représente un risque pour l’économie réelle, asséchant les entreprises faute de financement. Pour dépasser ce dilemme, il faut conditionner l’intervention publique à une révolution en profondeur du système financier international.

1. Créer un fond d’intervention commun aux membres de la zone euro. Face à la crise d’ampleur mondiale, l’Union Européenne doit se doter d’une véritable politique financière commune.

2. Conditionner cette intervention au respect de nouvelles règles :

    • revoir les règles prudentielles,
    • limiter la possibilité de sortir les créances des bilans des banques par la titrisation,
    • assujettir les fonds spéculatifs aux règles de solvabilité bancaire,
    • créer une agence publique européenne de notation portant de nouveaux mécanismes d’évaluation
    • interdire les bonus non assujettis à l’impôt sur le revenu
    • refuser l’accès au territoire européen aux fonds ayant leur siège social dans des paradis fiscaux

    3. Revoir en profondeur le rôle du FMI : lui donner une assise financière beaucoup plus large et lui permettre de devenir le gendarme international des bourses et des banques. Il doit être responsable de l’élaboration des nouvelles normes et de leur bonne application. D’où la nécessité d’une composition plus démocratique de ce fonds.

    Vers une mondialisation politique
    Trop longtemps, la mondialisation s’est réduite à sa dimension économique, reléguant les valeurs culturelle, intellectuelle, environnementale et sociales. C’est-à-dire l’affirmation de l’action politique pour en définir le contenu.
    Il est donc temps de réaliser, à côté, et même au-dessus de la mondialisation économique, la mondialisation politique.
    La domination des marchés doit être remplacée par la primauté des gouvernements démocratiquement élus : ceux-ci doivent donc intervenir dans l’économie pour protéger les travailleurs, pour protéger l’environnement, pour repartir les richesses entre le capital et le travail, assurer la confiance de tous les acteurs, pour garantir les dépenses importantes comme la santé, la recherche, l’innovation et l’éducation.

    Pour retrouver le discours intégral.