J’étais ce samedi, le 27 septembre 2008, au grand Rassemblement de la Fraternité qui avait lieu au Zénith, organisé par Ségolène Royal et en présence de nombreux artistes.

Le contexte

Après le grand rassemblement de Charlety lors de la campagne présidentielle, qui avait réuni 100 000 personnes, Ségolène Royal avait pris un engagement : quelle que soit l’issue de l’élection, ce genre d’évènement populaire se reproduirait. L’objectif : faire venir, grace à la musique et avec une approche festive, plus de monde vers la politique. Tenant son engagement, Ségolène Royal a donc tenu à organiser un rassemblement, qui a finalement eu lieu ce 27 septembre.

La forme

Depuis samedi soir, les critiques pleuvent, le plus souvent au sein de notre famille politique, il faut bien l’avouer. Ségolène Royal serait devenue une “gourou”, et nous, ses “supporters” (parfois également appelés “fans”) serions donc par extension de malheureux fidèles. Ou bien heureux, car au final bien simples d’esprit pour écouter une grande pretresse sans aucune faculté du jugement. Ces beaux mots, en tous cas la comparaison à une secte, sont signés M. Emmanuelli. Ailleurs, on critique – mais de manière positive pour ne pas passer comme “grand méchant qui attaque les personnes” – on critique donc une scénarisation, arguant que “moi, je suis naturel, je n’ai pas besoin de me mettre en scène”. Ces mots sont de Bertrand Delanoë.

Ce qui choque, au fond, c’est de réunir plus de 4000 personnes dans une salle de spectacle, de mêler discours politique et fête. Comme si la politique se devait d’être austère, comme si au final il ne fallait surtout pas rassembler les non-initiés.

Je pense au contraire, sur cette question de forme, que la musique engagée – celle de Cali, de Trust, et bien d’autres – est un excellent moyen de repolitiser les personnes, un axe plus ouvert pour intéresser à la politique. Car au final, c’est bien un discours de fond qui a été délivré durant 45 minutes par Ségolène Royal.

Le fond

Et c’est surement sur ce fond que Ségolène Royal dérange surement le plus au sein même de notre famille politique. Et pour moi, deux idées force ont été développées durant le rassemblement du Zénith.

1. La politique ascendante

    Ségolène Royal a développé durant la campagne présidentielle une nouvelle façon de faire de la politique. C’est là une transformation fondamentale, un nouveau socle démocratique qui est proposé. Schématiquement, l’idée est de renverser l’ordre politique : passer d’une politique descendante (le chef décide, le peuple applique), à une politique ascendante (remontée des idées, synthèse et décision puis re- descente des décisions). L’objectif de la démocratie participative est double :

    • elle permet de baser l’action politique sur les préoccupations réelles, remplaçant donc la politique d’opinion – reposant sur les sondages – par une politique reposant sur des “entretiens quantitatifs permanents”. En recueillant les idées, les inquiétudes du plus grand nombre en permanence, on créé ainsi une offre politique plus pragmatique
    • elle permet de re-politiser le plus grand nombre : en écoutant, et surtout en investissant les individus dans l’action politique, on endigue le désintérêt de la politique, cette dernière étant trop souvent vue comme une “chose extérieure” que l’on subit

    Tout ceci peut paraitre utopique et inapplicable. Durant la campagne, on a pu voir que des outils existaient, et tout une littérature existe, ainsi que des applications concrêtes, de cette nouvelle politique. Avec de la rigueur, beaucoup de choses sont possibles dans ce domaine.

    Et bien évidemment, cette nouvelle politique vient co-exister avec la démocratie représentative et la démocratie sociale.

    2. La lucidité radicale

    L’autre élément de fond porte sur la réponse à apporter à la crise actuelle. Un Etat préventif, qui accompagne l’individu dans toutes les étapes de sa vie, une réforme de la fiscalité en profondeur, réforme du Sénat, etc. Et surtout, se ré-emparer de thématiques de gauche qui ont été reprises par la droite lors des dernières années : le travail, la sécurité, etc. Face aux désordres financiers, face au cynisme au pouvoir, oser des propositions radicales.