Posted by: binoo | Mardi 25 mars 2008

Repression au Tibet : hierarchiser les valeurs

Une vision volontairement simpliste de la diplomatie internationale

On nous parle de la répression chinoise au Tibet. La presse à l’unisson fait part de son émoi, les ministres sont scandalisés, les chefs d’Etat appellent à “la retenue”. Différence criante de registre, donc. Juppé faisait part dans son blog de l’ironie du choix des mots : “retenue”, comme si on pouvait “tuer avec retenue”…

Et c’est vrai que c’est un peu avec ce paradoxe qu’essayent de jongler les ministres qui courent après la parole présidentielle.  Clamant médiatiquement leur indignation fasse à la situation actuelle, les Kouchner et autres Yade reconnaissent dans le même temps qu’il ne faut pas être trop brutal avec la Chine. Et Juppé reconnait que c’est facile de s’indigner lorsqu’on ne préside pas au destin de tout un peuple. Tant d’éloquence pour protéger un manque de courage.

Quels seraient les risques de condamner plus fortement la répression actuelle ? Une rupture de la coopération économique franco-chinoise ? S’il s’agit bien du seul risque, alors quelle est la différence avec la françafrique que le président a si lourdement condamné ? Commercer avec un pays bafouant impunément les Droits de l’Homme, est-ce pire ou moins pire qu’entretenir des gouvernements corrompus ?

Ma vision, certes très simplificatrice, c’est qu’il y a une hiérarchie des valeurs, qui place les droits de l’homme au dessus de la sphère économique. Partant de cette hiérarchie, la première des priorités est de garantir le respect de ces droits, avant de penser à ses intérêts économiques. Ou bien, qu’on annonce clairement qu’on ne croit plus tant que ça à ces Droits hérités de notre Révolution.

Réponses

Je me permets d’ajouter encore un commentaire. Il ne faut pas oublier qu’au-de là du problème tibétain, la situation des Droits de l’Homme est catastrophique en Chine. Sa justice a pu être considérée comme un modèle pour sa rapidité par Ségolène Royal (pour être honnête, il paraît qu’elle évoquait justice commerciale). On ne peut cependant que s’inquiéter du nombre de condamnés à mort : plusieurs milliers chaque année. Il y a plus d’exécutions à mort chaque année en Chine que dans tous les autres pays du monde réunis.
Sans parler bien sûr des personnes privées de liberté en raison de leurs convictions politiques et religieuses.
La question de la participation aux J.O. de Pékin se pose donc mais pourquoi faire payer les sportifs alors que le commerce lui ne serait pas touché ?
(P.S. : je viens d’ouvrir un nouveau blog consacré au 4e arrondissement : http://lindependantdu4e.typepad.fr/
Je vous en préviens avant un éventuel article pour dénoncer une inféodation à tel ou tel candidat comme vous l’aviez fait à l’époque des débuts du 4e que j’aime qui en était encore à ses tâtonnements. Cette fois-ci il s’agit vraiment d’un blog perso. )

Emmanuel,
Je suis plutôt choqué par un point de votre commentaire, même si vous le démentez juste après : insinuer que Ségolène Royal a pu saluer le caractère expéditif de la justice chinoise. Vous savez pertinemment que c’est erroné, et qu’il s’agit selon moi de l’une des aberrations de la campagne présidentielle que d’avoir joué sur ce genre de terrain (de même que la polémique sur les propos du Hesbollah, qu’elle aurait aussi cautionné, etc.).
La polémique, même si elle est démentie, se fait toujours dans un but diffamatoire : on sait très bien que le démenti a toujours moins de retentissement médiatique que la rumeur en elle même.
Passé ce coup de gueule, je suis d’accord avec vous sur le fait qu’il ne faut pas s’arrêter à la seule question tibétaine, même s’il ne faut bien entendu pas l’éluder non plus. Quand à la sanction des athlètes, cet argument n’est pas recevable : c’est la Chine qui sanctionne l’ensemble des athlètes en ne respectant pas la Charte de l’olympisme, faisant ainsi courir le risque d’une fête gâchée. Voir à se propos mon dernier article sur le sujet, daté du 10 avril.

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