Lors d’une distribution de tracts ce soir à la sortie de métro Saint Paul, une dame m’interpelle sur le bilan de Delanoë au sujet des femmes. “il n’a rien fait pour nous”, me précise t-elle. Je me lance donc dans une petite énumération, de l’augmentation du nombre de places en crèches (+5200) au dépistage gratuit du cancer du sein. “broutilles”, me répond-elle. Nous continuons la conversation, de manière plus informelle, puis je découvre qu’il s’agit d’une femme ayant milité entre autres pour le droit à l’avortement, et plus généralement pour l’égalité des femmes. Je salue bien évidemment son combat.
Puis, je relance la conversation sur cette question de ce que Delanoë n’a pas fait pour les femmes. Ce qui me permet de mieux comprendre le fond de la pensée de mon interlocutrice. A mon interrogation, celle-ci répond : “de toutes façons, il a préféré s’occuper des homosexuels avec la lutte contre le SIDA”. Je passerai sur mon exaspération un peu blasée sur la juxtaposition systématique de la cause homosexuelle et de la lutte contre le SIDA. Ce qui m’a le plus inquiété, c’est l’opposition qui était opérée entre la lutte pour l’égalité des femmes et la lutte pour l’égalité des droits homosexuels. Alors que je pointais du doigt ses contradictions, elle me répliquait : “mais ça n’a rien à voir, nous on est 51%”… Comme si l’égalité était une affaire de statistiques, comme si l’égalité des uns était nuisible à celle des autres, comme s’il était inconcevable de mener de front 2 combats, qui sont en fait un seul et même : la lutte contre toutes les formes de discriminations.
Alors il est vrai qu’il y a des différences entre les 2 combats : dans un cas, on a un combat pour une égalité de fait (l’égalité de droit étant déjà acquise), dans l’autre il s’agit d’une égalité de droits. Cela n’empêche rien à la perversité du mode de pensée profondément communautariste, qui conduit à une vision de la société comme une juxtaposition de communautés représentées par leurs lobbys. Si on ne peut nier les pressions communautaires qui peuvent s’exercer sur les pouvoirs politiques, il est inconscient de promouvoir une telle vision de la société. C’est à mon avis ce qu’a commencé à introduire Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle (opposition des lève-tôt et des couche-tard, des travailleurs et des assistés, des réguliers et des clandestins). C’est aussi ce que tente de faire Françoise de Panafieu lorsqu’elle met l’accent sur un soit-disant lobby gay servi par le Maire de Paris (chiffres faux à l’appui : elle aussi mélange Défense des droits des homosexuels et lutte contre le SIDA).
Dans le 4e arrondissement, on voit bien qu’une vision communautariste de la société mènerai au déclin du quartier. Le Marais tire toute sa richesse de la coexistence de plusieurs composantes : un quartier juif historique, mêlé à un quartier gay qui lui est aujourd’hui indissociable. Il suffit de se ballader rue des Rosiers pour se rassurer : le vivre ensemble, ça marche !
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