Dimanche, nous devrons voter en conscience.
Le plus massivement possible tout d’abord. La France, c’est le pays où se sont conquis les droits de l’homme, et de leur plus belle réussite, la démocratie. L’outil absolu de la démocratie, c’est le vote. Donc votons !
Voter, et donc choisir. Et qu’on nous l’a annoncé difficile, ce choix ! “Fin des clivages gauche / droite”, “brouillage des repères”, “démagogie”, … Tant de pièges qui devaient rendre difficile notre choix citoyen. A 4 jours du premier tour de l’élection présidentiel, quand on fait nous même cette comparaison programme contre programme qu’on nous a tant de fois annoncé et jamais proposé, les différences apparaissent pourtant au grand jour.
Je ne vais pas passer de temps à analyser le cas Le Pen. Non, sans vilain jeu de mot cet homme n’en vaut pas la peine, ses provocations sur les “chapons du marais”, sur le droit d’un immigré à représenter la France, sur le révisionnisme et tant d’autres thèses nauséeuses sont tout le contraire de notre identité. Je ne peux pas imaginer la France dont il parle, sans immigration, se coupant du reste du monde, repliée sur soi.
Donc, il y aurait un choix entre trois candidats qui finiraient par se ressembler : Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Ségolène Royal, de droite à gauche.
Nicolas Sarkozy… Avant tout, l’homme du gouvernement sortant. Donc, un gouvernement de la poursuite de la fracture sociale, un gouvernement qui a insulté sa jeunesse en voulant instituer la précarité, un gouvernement qui – par les provocations de son ministre de l’intérieur – conduit à l’embrasement des banlieues. On ne peut pas se réclamer de la rupture et en même temps ne rien avoir fait pour initier cette rupture lorsqu’on était au pouvoir, a fortiori quand on a tout fait pour rester le plus longtemps possible au gouvernement. Nicolas Sarkozy, c’est aussi l’homme des provocations, utilisant ainsi les mêmes méthodes que le candidat de l’extrême droite (je ne dis pas qu’ils sont équivalents, je dis que la méthode : la provocation, la peur, l’affrontement sont les mêmes). “Racaille”, “Karcher”, “Gêne du pédophile”, … Je ne peux pas croire que toute cette sémantique ne soit que pure maladresse. Non, quand Sarkozy dit “racaille”, il sait qu’il attise les tensions, il sait qu’il créé le terreau des émeutes. Quand il se dit enclin à “penser qu’on nait pédophile”, je dis qu’il sait sur quel terrain il se place, que la dérive eugéniste est proche.
Alors, on voit en François Bayrou une alternative… Quelle alternative ? Je crois les gens sur leurs actes. Je veux bien croire Bayrou sincère. Mais alors, pourquoi, déjà animé par cette idée d’alternative, il a personnellement soutenu en août 2006, il n’y a pas si longtemps, la candidature de Alain Juppé à la Mairie de Bordeaux, où des conseillers UDF sont colistiers… Je ne crois pas pourtant que dans cette liste, il y a des gens de gauche. Voyons son programme, me dira t-on. Alors je le regarde. Et j’y extrait des phrases de type “Dans un pays qui compte quatre millions de chômeurs, pourquoi aller chercher de la main-d’œuvre à l’extérieur ?”, ou encore “permettre aux salariés qui le souhaitent d’améliorer leur revenu par le jeu libre des heures supplémentaires”. Je suis bien sur le site http://www.bayrou.fr, et non http://www.sarkozy.fr. La proximitude est évidente. Alors biensur, il y a aussi des rapprochements inquiétants : un candidat qui se veut du centre (droit et gauche confondus) et qui reçoit le soutien d’un parti de la droite la plus libérale (Alternative Libérale de Edouard Fillias), ça peut paraitre suspicieux tout de même. Et puis, je ne pense pas que Bayrou soit particulièrement réformiste, sur les questions de sociétés notamment (euthanasie, droits des couples du même sexe).
Enfin, il y a Ségolène Royal. Ce n’est pas un choix par défaut, mais un choix de conviction. Conviction que la méthode qu’elle représente n’est pas un gadget. La démocratie participative, ce n’est pas de la démagogie. Ca existe déjà, au niveau local, à Paris (les conseils de quartier par exemple). Ca existe aussi au niveau de certaines régions, dans les lycées, avec des budgets participatifs. Cette méthode, avec son pendant dans l’entreprise (la démocratie sociale), c’est l’outil de base d’une sorte de “révolution copernicienne” qui vise à remettre le citoyen, l’employé au coeur de la démocratie. Moi, je suis convaincu que ça fonctionnera si on trouve pour chaque sujet l’échelle la plus cohérente pour la prise de décision : le quartier, la commune, la région, le pays. Et puis la tolérance, un vrai engagement pour la défense de ce qui fonde notre identité. L’identité de la France, c’est l’ouverture, c’est la liberté, c’est l’égalité. L’immigration, c’est une de nos valeurs. Elle n’est pas un danger, mais une chance, évidemment ! Ségolène Royal est la seule à le reconnaitre, et à vouloir mettre fin à cette honte que représente notre actuelle politique “d’immigration choisie” voulue par le ministre de l’intérieur. Et biensur, Ségolène Royal est la seule crédible sur les questions de l’environnement. On me dit : “mais elle n’en parle plus”. Je répond : “c’est une épine dorsale de son programme”. Elle fera l’excellence environnementale, car c’est indispensable, car ça créé du lien social, de l’emploi non délocalisable, de la recherche, de l’innovation.
Pour tout ça, dimanche, je voterai en conscience, je voterai Ségolène !
rAyAne de Duras 23:47 on Lundi 23 avril 2007 Permalien
Ce petit commentaire pour réaffirmer mon soutien à Ségolène Royal (on peut vraiment battra Sarkozy au 2nd tour), et d’une autre part pour encourager mon cher Fabien qui fait un excellent travail !
J’aime bcp te lire. Dommage que les textes les plus beaux les plus cohérents, les plus vrais soient les moins consultés, les moins encouragés, les moins commentés, quand je vois ce qu’il en est dans d’autres blogs…. je me sens alors davantage privilégié par rapport à autrui de par la rareté et la beauté de tes productions dont je me délecte continuellement.
Bravo et Merci pour tout !
binoo 0:32 on Mardi 24 avril 2007 Permalien
Merci beaucoup Rayane ! J’invite d’ailleurs “tout le monde” (un peu présomptueux, disons mes 20 lecteurs assidus) à consulter également le blog de Rayane, et mea culpa de ne pas suffisamment prendre le temps de te lire… Je sais que j’y perds. Et je ne me retrancherai pas derrière un “j’ai pas le temps”, car comme disais je ne sais plus qui (et oui, ma culture trouve rapidement ses limites) : “on a toujours le temps, il suffit de le prendre”