On peut se perdre dans des explications sans fin, des rationalisations a posteriori du vote des citoyens aux Européennes. On peut aussi tenter de mettre ce vote entre parenthèses, invoquant tantôt une abstention qui en limite les effets, tantôt des enjeux différents des enjeux nationaux. Une chose est sure : on a vu une dynamique se créer en dehors du PS autour d’un « peuple de gauche » (même si je n’aime pas tellement l’expression).
Ce que nous montrent ces élections, c’est qu’on assiste à une émancipation des citoyens, et c’est tant mieux. Une émancipation, car on ne se sent plus attachés à un Parti en particulier ; mais nous, sensibilités de la gauche, avançons là où les idées de gauche semblent progresser. Là où ces idées semblent le mieux défendues.
Lors des présidentielles, une partie de nous s’est dirigée vers la candidature de François Bayrou : parce que le PS avançait en ordre dispersé, parce que la candidature de Ségolène Royal n’apparaissait plus crédible à force de combats internes, parce que François Bayrou incarnait l’alternative crédible. Parce qu’aussi, on ne peut le nier, le Plan Média de François Bayrou était particulièrement bien huilé, aidé certainement par un attrait médiatique certain.
Ces mêmes, rejoints par d’autres, ont voté Europe Ecologie lors des élections européennes, par conviction (on aimerait croire à un vote d’humeur, je crois bien au contraire que c’est un vote éclairé) : parce que le PS n’a pas su être crédible, parce qu’il est apparu replié sur lui-même, loin des préoccupations de chacun. Parce qu’aussi, le Plan Média de Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly était particulièrement bien huilé.
Ce qu’elles ont en commun, ces deux élections, c’est que les « vainqueurs – outsiders » sont en fait des personnalités qui se sont extraites de la logique de Parti pour créer une structure ad-hoc à usage unique, dans la vision d’une seule élection. Europe Ecologie a été créé pour les européennes ; Bayrou était dans une démarche purement présidentielle, et on voit aujourd’hui toute sa difficulté à s’en extraire pour rentrer dans une logique de Parti.
Demain, aux Régionales, aux Présidentielles, aux Législatives, nous pourrons connaitre les mêmes lendemains qui déchantent : faute d’incarner LA dynamique à gauche, nous serons dépassés par des écuries créées ou recomposées pour l’occasion. Les électeurs, et s’est tant mieux, ne nous donnerons plus leur blanc-seing. Et si par malheur aucune dynamique suffisamment forte ne se créé à gauche, c’est systématiquement l’UMP qui vaincra, et c’est je pense ce qui a toutes les chances de se passer en Ile de France.
La dynamique ne se décrète pas, elle se travaille.
Il ne tient qu’à nous de nous positionner comme le pivot d’une force de gauche pour les prochaines échéances, à condition de mettre au placard nos postures hégémoniques. Proposons, dans chacune des régions, à l’aide de débats ouverts à tous, de composer des listes communes Verts – PC – Parti de Gauche – MoDem – PS dès le premier tour. En cas d’échec des négociations avec un ou plusieurs partenaires, nous serions tout de même ceux qui auraient proposé le rassemblement, premier pas de la dynamique.
Il ne tient qu’à nous d’être attractifs sur le plan médiatique, au lieu de nous lamenter éternellement sur une hypothétique collusion des médias et de la droite, lamentation qui ne nous sert à rien d’autre qu’à évacuer notre responsabilité dans ce désamour des médias. N’ayons pas peur des mots « marketing », « communication », soyons modernes dans notre rapport à tous les médias : reprenons l’ascendant sur le média Internet, créons un nouveau journal, papier et électronique, à destination de tous les gens de gauche en remplacement d’un Hebdo des Socialistes aux relents moribonds.
Il ne tient qu’à nous, enfin, d’associer chacun à notre projet commun. A travers un vrai travail sur les valeurs (qu’est-ce que ça veut dire, « être de gauche », en trois valeurs clés), et en permettant à chacun de faire siennes ces valeurs, de se les approprier, pour pouvoir les défendre et les promouvoir.
Demain, ça ne sera pas le PS, les Verts ou le MoDem qui gagneront les élections, ce sera une dynamique, autour d’une ou plusieurs personnalités, affranchie des luttes internes de chaque Parti. Les partis de gauche sont morts, vive la Gauche !
Patrizia 10:31 on Mardi 10 mars 2009 Permalien
bonjour Fabien et BRAVO pour ton article.
la mascarade du congrès de Reims continue et ce n’est pas en votant ‘oui’ à cette liste un peu bidon qu’on fera bouger les choses. ce parti a besoin urgemment de renouveau, de démocratie et de clarté. ce n’est pas lui rendre service de soutenir, ou plutôt en faisant semblant de soutenir une liste nommée par les caprices de Martine Aubry.
bien à toi
Patti
olivier 12:59 on Mardi 10 mars 2009 Permalien
en résumé, la question à se poser actuellement et depuis même un bon moment, à quoi sert un militant au ps si ce n’est à distribuer des tracts. le militant semble tristement vouer à incarner un être sans tête mais avec 2 mains et 2 jambes, très utiles pour faire campagne !